tourner


tourner

tourner [ turne ] v. <conjug. : 1>
• 980; lat. tornare « façonner au tour, tourner »
I V. tr.
1(mil. XIIIe) Façonner au tour (2.). Tourner le buis, l'ivoire. (XVIe) Fig. Agencer, arranger (les mots) d'une certaine manière, selon un certain style. Tourner un compliment. « Le bon duc tournait assez joliment les vers » (France).
2(XIIIe) Faire mouvoir autour d'un axe, d'un centre; imprimer un mouvement de rotation à (qqch.). Tourner une manivelle. « Félicité, qui tournait son rouet dans la cuisine » (Flaubert). Tourner la poignée. Tourner la clé dans la serrure. Tourner les boutons d'un appareil. Se tourner les pouces. Tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.
Agiter, remuer (pour délayer, mélanger, etc.). Tourner une pâte, une sauce. fam. touiller. Tourner la salade.
(1640) Vin qui tourne la tête, étourdit, grise. Fig. Cette fille lui a tourné la tête, l'a rendu fou d'amour.
Loc. fam. Tourner le sang, les sangs : causer une vive émotion. ⇒ bouleverser.
3(1530) Mettre à l'envers, sur une face opposée. retourner. Tourner les feuillets, les pages d'un livre. feuilleter. Tourner la page. Tourner et retourner : manier en tous sens. « Le vieux maraîcher ne se servait jamais de son briquet sans l'avoir d'abord manié, tourné, examiné avec soin » (Ikor). Tourner et retourner : manier en tous sens; Fig. examiner sous toutes ses faces. Il a tourné et retourné cet épineux problème.
4(1080) Mettre, présenter (qqch.) en sens inverse, ou en accomplissant dans une certaine direction un mouvement approprié (demi-tour, mouvement latéral). Tourner le dos à qqn, à qqch. Tourner bride. Tourner casaque. Tourner les talons.
5(980) Diriger, par un mouvement courbe. Tourner le canon dans la direction de l'objectif ( braquer) . Plante qui tourne ses feuilles vers la lumière. « Je l'interpellai, rien que pour lui faire tourner la tête de mon côté » (Céline). Tourner les yeux, son regard vers qqn, se mettre à le regarder.
(Abstrait) Tourner toutes ses pensées vers. appliquer, diriger. « Peut-être pourrais-je tourner mes idées d'un autre côté » (P.-L. Courier). L'homme « tourne les trois quarts de son effort vers l'acquisition du bien-être » (Taine). orienter.
6(XIIe) TOURNER EN, À : transformer (qqn ou qqch.) en donnant un aspect, un caractère différent. Tourner qqn, qqch. en ridicule, en dérision. Tourner une chose en plaisanterie. « J'entends tourner tout à profit » (A. Gide). « La fortune tourne tout à l'avantage de ceux qu'elle favorise » (La Rochefoucauld).
7(1680; « faire le tour de » XIVe) Suivre, longer en changeant de direction. Tourner le coin de l'avenue.
Prendre à revers. Tourner les positions de l'ennemi. contourner, déborder. Fig. (En évitant, en éludant). Tourner l'obstacle, la difficulté. Tourner la loi. « c'était à qui contrarierait ses instructions ou tournerait sournoisement les ordres qu'il donnait » (Dorgelès).
8(1908 absolt; par allus. à la manivelle des premières caméras) Tourner un film : faire un film ( tournage) . Tourner une scène. filmer. Absolt Silence, on tourne !
II V. intr. AÊtre en rotation.
1(fin Xe) Se mouvoir circulairement (exécuter un mouvement de rotation, de giration) ou décrire une ligne courbe (autour de qqch.). Faire tourner une roue sur elle-même. rouler. La Terre tourne autour du Soleil. graviter. Allus. hist. Et pourtant elle tourne. « On voyait une lente fumée s'élever en tournant » (Vigny). tourbillonner, tournoyer. Voir tout tourner : avoir le vertige.
(Personnes) Décrire une courbe, un cercle. « Des écuyers prestes tournèrent sur la piste » (F. Mauriac). évoluer. Loc. Tourner en rond : être désœuvré, ne pas savoir que faire. Tourner comme un ours en cage.
Par ext. TOURNER AUTOUR : évoluer sans s'éloigner. ⇒ tournailler, tournicoter, tourniquer. « Les gamins qui tournaient autour du défilé, comme des mouches » (Maupassant). Tourner autour d'une femme : rester auprès d'elle, la suivre, et fig. lui faire la cour. « Où as-tu traîné [...] ? Sur la Piazza à tourner autour des filles » (Romains). Tourner autour du pot . (Choses) Avoir pour centre d'intérêt. « La seconde partie de l'entrevue tourna autour de la confection du thé » (Romains). Être proche par excès ou par défaut (d'un chiffre). Le résultat tourne autour de 20%. approcher, avoisiner.
Spécialt Faire une tournée (commerciale, théâtrale). Représentant qui tourne dans une région.
2Avoir un mouvement circulaire (sans que l'ensemble de l'objet se déplace). Tourner autour d'un axe, d'un pivot. pivoter. Tourner sur soi-même comme une toupie. région. toupiner. « Je vis et flairais le rôti tournant à la broche » (Rousseau). Faire tourner les tables.
Se mouvoir autour d'un axe fixe. « La porte qui tourna aussitôt sur ses gonds rouillés » (Balzac). « L'aiguille tourne et le temps grince » (Aragon). Par ext. fam. L'heure tourne : le temps passe.
3Fonctionner, en parlant de mécanismes dont une ou plusieurs pièces ont un mouvement de rotation. Le moulin tourne. « Tu n'entends pas le moteur, comme il tourne régulier » (Sartre). Tourner rond. Tourner à vide.
Par ext. Faire tourner un lave-linge. Faire tourner une usine, une entreprise, la faire marcher.
4(Choses) S'enrouler, être disposé en rond. « La gaze enveloppait la tête et tournait autour du cou » (Aragon).
5Loc. (1606) La tête lui tourne, il a la tête qui tourne : il est étourdi, perd le sens de l'équilibre. Ça me fait tourner la tête : ça m'étourdit, me donne le vertige. — Tourner de l'œil.
B(1080 « changer »)
1Changer de direction. Tourner à droite, à gauche. obliquer. Tourner dans une rue, par la rue X. La voiture a tourné court. virer. (En parlant d'une voie) Angle où l'avenue tourne. 2. tournant .
2(XIIe) (Abstrait) Changer. La chance a tourné.
♢ TOURNER À..., EN... : changer d'aspect, d'état, pour aboutir à (tel résultat). ⇒ dégénérer, se transformer. « Elle tournait à l'obésité » (Madelin). Le temps tourne à la tempête. « Jamais amourette n'a si promptement tourné en mariage d'inclination » (Balzac). Tourner à l'aigre, au vinaigre. Faire tourner qqn en bourrique.
♢ TOURNER BIEN, MAL : être en bonne, en mauvaise voie. ⇒ marcher. L'affaire a mal tourné. se gâter. « combien disent : Si pourtant les choses avaient tourné autrement ! » (Alain). (Personnes) Tourner mal, se dit de qqn dont la conduite devient condamnable. « Mon frère tourna si mal, qu'il s'enfuit et disparut tout à fait » (Rousseau). « S'il tourne bien, comme tout porte à le croire, il sera notre héritier » (Maupassant).
3(XVIIe; se tourner 1393) Devenir aigre. Le lait a tourné. cailler. Mayonnaise qui tourne, se décompose. Fig. Ça me tourne sur le cœur, m'écœure, me dégoûte.
III ♦ SE TOURNER v. pron. (fin Xe)
1Aller, se mettre en sens inverse ou dans une certaine direction. « La jeune fille se tourna tout d'une pièce comme sur un tabouret de piano » (Toulet). se retourner. Se tourner vers le public. « Tournez-vous un peu plus de profil, voulez-vous ? » (Maurois). Se tourner de l'autre côté. se détourner.
Fig. Se diriger. Elle « s'était tournée vers la couture pour dames » (Proust). Se tourner vers l'avenir. Ne plus savoir de quel côté se tourner.
2Changer de position. se retourner. Se tourner et se retourner dans son lit.
3Vx ou littér. Se changer (en), passer (d'un état à un autre). L'enthousiasme « se tourna en un pessimisme amer » (Seignobos).

tourner verbe transitif (latin tornare) Imprimer à quelque chose un mouvement de rotation autour de son axe : Tourner la clef dans la serrure. Remuer en rond une matière, un liquide pour obtenir un mélange : Tourner la salade. Changer quelque chose d'orientation par un déplacement circulaire : Tourner son fauteuil vers la cheminée. Tournez vos regards de ce côté. Mettre quelque chose à l'envers, le retourner : Tourner et retourner un papier dans ses mains. Faire porter son action, son attention, sur quelqu'un, quelque chose : Il tourna sa colère contre ses voisins. Passer du recto au verso d'une page pour suivre la lecture ou l'écriture : Il tournait les pages de la partition. Examiner une question, une idée sous tous les angles, y réfléchir longuement : Tourner et retourner une idée dans sa tête. Éviter un obstacle par un mouvement qui permet de le contourner, de le prendre à revers, etc. : Tourner les positions adverses. Éluder une difficulté, une loi, s'y soustraire habilement : Tourner un règlement. Formuler un énoncé de telle façon : Bien tourner ses phrases. Faire apparaître quelque chose sous un aspect qui en modifie la nature, le caractère : Il a tendance à tout tourner au tragique. Façonner à la main, sur un tour, un vase, une poterie. Procéder aux prises de vues d'un film, ou participer au tournage, en parlant d'un acteur. Usiner un objet au tour. ● tourner (expressions) verbe transitif (latin tornare) Tourner la tête (à quelqu'un), l'étourdir, l'enivrer, lui faire perdre le sens des réalités, de la mesure ; lui inspirer une passion violente. ● tourner (synonymes) verbe transitif (latin tornare) Changer quelque chose d'orientation par un déplacement circulaire
Synonymes :
- présenter
Éviter un obstacle par un mouvement qui permet de le...
Synonymes :
Éluder une difficulté, une loi, s'y soustraire habilement
Synonymes :
tourner verbe intransitif Être animé d'un mouvement de rotation ou exécuter un mouvement en rond sur soi-même : Faire tourner une broche avec un moteur. Le danseur tournait sur lui-même. Se déplacer circulairement autour de quelque chose, de quelqu'un pris pour centre : La Terre tourne autour du Soleil. En parlant d'un mécanisme, marcher, être en fonctionnement : Ce moteur tourne régulièrement. En parlant d'un organisme, être en activité : L'usine tourne au ralenti. Aller et venir, marcher, dans un espace restreint : Tourner comme un ours en cage. Se succéder à tour de rôle pour assurer un service ; effectuer une tournée de spectacles ; être en tournée, visiter la clientèle : Un représentant qui tourne dans cette région. Changer de direction, prendre une nouvelle orientation : Le sentier tourne à gauche. Avoir quelque chose, quelqu'un pour centre d'intérêt, pour objet, s'y rapporter : Leur différend tourne autour du contrat. Évoluer vers tel état, de telle façon : Le temps tourne à la pluie. En parlant du lait, cailler spontanément par suite du développement de bactéries lactiques acidifiantes. En parlant d'une sauce, d'un liquide, se décomposer, fermenter. Former sa pomme, pommer, en parlant d'une laitue, d'un chou, etc. ● tourner (citations) verbe intransitif Galileo Galilei, dit Galilée Pise 1564-Arcetri 1642 Et pourtant elle tourne ! Eppur si muove ! Commentaire Mot prêté à Galilée, après l'abjuration de ses doctrines astronomiques, devant le tribunal de l'Inquisition, en 1633. Il ne devint connu qu'au XVIIIe siècle pour caractériser l'attitude de qui ne peut renoncer à proclamer une évidence. ● tourner (expressions) verbe intransitif Familier. Tourner autour de quelqu'un, lui manifester de l'intérêt, de l'empressement, chercher à le séduire. Faire tourner les tables, se livrer à des expériences de spiritisme. L'heure tourne, le temps passe. La tête lui tourne, il est étourdi, il a le vertige ; il est dépassé par son succès, il perd la juste notion des choses. Le vent tourne, la situation évolue, les conditions ne sont plus les mêmes. Familier. Tourner de l'œil, être pris de malaise, s'évanouir. ● tourner (synonymes) verbe intransitif Être animé d'un mouvement de rotation ou exécuter un mouvement...
Synonymes :
Se déplacer circulairement autour de quelque chose, de quelqu'un pris pour...
Synonymes :
Aller et venir, marcher, dans un espace restreint
Synonymes :
- tournailler (familier)
- tournicoter (familier)
- tourniquer (familier)
Changer de direction, prendre une nouvelle orientation
Synonymes :
Évoluer vers tel état, de telle façon
Synonymes :
- incliner à
- tendre à

tourner
v.
rI./r v. tr.
d1./d Imprimer un mouvement de rotation à. Tourner un loquet. Tourner la tête.
d2./d Présenter (qqch) sous une autre face; retourner. Il tournait et retournait l'objet sans comprendre. Tourner les pages d'un livre.
|| Fig. Tourner la page: oublier le passé.
|| Tourner les talons: faire demi-tour; s'enfuir.
d3./d Diriger, porter (dans une direction). Tourner les yeux vers le ciel.
Fig. Tourner son attention vers qqn.
d4./d Longer en contournant.
Spécial. Tourner les positions de l'ennemi, pour le prendre à revers.
Fig. Trouver, utiliser un biais pour éluder, éviter. Tourner un obstacle, une difficulté. Tourner la loi.
d5./d Transformer (dans un sens exprimé par un complément introduit par à ou en). Tourner les choses à son profit. Tourner qqch, qqn en ridicule.
d6./d Troubler, faire éprouver une sensation de vertige. L'alcool tourne la tête.
Fig. Le succès lui a tourné la tête.
d7./d TECH Façonner au tour (un ouvrage de bois, de métal, etc.).
Fig. Donner un tour, une façon à; composer, arranger d'une certaine manière. Savoir tourner un compliment.
d8./d CINE, AUDIOV Tourner un film, en filmer les séquences.
Absol. Silence, on tourne!
rII./r v. intr.
d1./d Se mouvoir en décrivant une courbe. La Terre tourne autour du Soleil. Syn. (Suisse) courber.
|| Loc. Avoir la tête qui tourne: éprouver un vertige. Tourner de l'oeil .
|| Pivoter autour d'un axe. La porte tourna sur ses gonds.
Loc. fig. Tourner autour de: évoluer à proximité de; être proche de. La dépense tourne autour de mille francs.
Tourner autour d'une femme, lui faire la cour.
Fam. Tourner autour du pot: employer des circonlocutions au lieu d'aller droit au fait.
d2./d En parlant d'un mécanisme, fonctionner en décrivant une rotation. Moteur qui tourne.
Par ext. Fonctionner. Machine qui tourne 24 heures sur 24.
|| Tourner rond: fonctionner correctement; fig. (en parlant de personnes) raisonner sainement.
|| (Belgique) Tourner fou ou tourner sot: fonctionner sans arrêt, être déréglé (en parlant d'un objet, d'une boussole, par ex.); tourner à vide (pour une vis, par ex.).
d3./d Effectuer une permutation circulaire. Au volley-ball, les joueurs tournent à chaque service.
d4./d (Afr. subsah.) Fam. Se promener au hasard, faire un tour.
d5./d Changer de direction, virer. Tourner à gauche. Le vent a tourné.
Fig. La chance a tourné.
d6./d Se transformer en, tendre vers. Affaire qui tourne à la catastrophe. Leurs rapports tournent à l'aigre.
|| Tourner bien, mal: finir bien, mal.
(Personnes) évoluer d'une manière positive, négative. Il a (bien) mal tourné.
|| Tourner court: finir brusquement, sans transition.
|| (Belgique) Tourner à rien: dépérir (en parlant d'un être vivant); se dégrader (en parlant d'un objet).
d7./d Absol. S'altérer, devenir aigre. Le lait a tourné.
|| (Belgique) Pommer. Les salades tournent.
rIII/r v. Pron.
d1./d Se mettre dans une position opposée à celle que l'on avait; changer de position. Se tournant, elle montra son beau profil.
d2./d Se diriger. Les regards se tournèrent vers lui.
Fig. Se tourner vers la religion.
|| Ne savoir de quel côté se tourner: ne savoir quel parti prendre.

⇒TOURNER, verbe
I. — Empl. trans.
A. — Travailler au tour.
1. Façonner, usiner au tour. Tourner le bois, l'ivoire, les métaux; tourner des pièces. Il m'a semblé doux de me retrouver chez moi, au milieu de mes livres et je continue, comme autrefois, à tourner des phrases. Cela est aussi innocent et aussi utile que de tourner des ronds de serviettes (FLAUB., Corresp., 1871, p. 256). Maillecottin, qui avait poliment débrayé pour se tenir prêt à répondre, se remettait à tourner son obus (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 250).
Absol. Utiliser un tour. Monsieur de Watteville passait sa vie dans un riche atelier de tourneur, il tournait! (BALZAC, A. Savarus, 1842, p. 4). Mon ami, vous devriez acheter un tour et apprendre à tourner (LABICHE, Isménie, 1853, 9, p. 351).
— Dans le domaine de la cuis. Peler en donnant une forme arrondie et régulière. Tourner des pommes de terre, des navets, un citron. (Dict. XIXe et XXe s.).
2. Au fig. [Le compl. désigne des mots, un propos, un écrit] Arranger, présenter avec un certain style, disposer d'une manière adéquate au but recherché. Savoir tourner un compliment, les mots d'un billet, un vers; tourner une lettre dans le beau style. Vous ne connaissez pas la véritable éloquence. On tourne une grande période autour d'un beau petit mot, pas trop court ni trop long, et rond comme une toupie (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, II, 4, p. 147). Enfin elle se décide à tourner cette phrase, qui n'est rien d'autre qu'une requête (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 267).
B. — 1. Faire mouvoir quelque chose autour d'un axe; imprimer un mouvement de rotation à quelque chose. Tourner une manivelle, une meule; tourner la clef dans la serrure; tourner le commutateur; tourner une poignée (de porte, de fenêtre). Au moment de regagner son lit pour un sommeil trop court, le docteur tournait le bouton de son poste. Et des confins du monde, à travers des milliers de kilomètres des voix inconnues et fraternelles s'essayaient maladroitement à dire leur solidarité (CAMUS, Peste, 1947, p. 1329):
1. L'eau montait jusqu'au potager par l'effet d'une grinçante machine à godets que l'ancêtre Amédée Baudoin avait installée, jadis, à l'imitation des norias orientales. Deux fois par jour, en été, les enfants tournaient ensemble la grande roue de la mécanique et remplissaient un bac dont l'eau, chauffée pendant le jour, était déversée, le soir, sur les plates-bandes altérées.
DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 130.
P. anal. Tourner sa cuiller dans son café. Il tournait songeusement sa cuiller dans son potage (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 893).
P. ext. Remuer, agiter pour délayer, mélanger, etc. Tourner son café; tourner une sauce; tourner la salade. Auguste apporta les deux brocs. Et, lentement, il versa le sang dans la marmite, par minces filets rouges, tandis que Quenu le recevait, en tournant furieusement la bouillie qui s'épaississait (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 689):
2. Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,
À genoux, cinq petits, — misère! —
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond.
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l'enfourne
Dans un trou clair.
RIMBAUD, Poés., 1871, p. 69.
Au fig. Tourner ses pouces. V. pouce I B 2.
2. Disposer autour de quelque chose. Tourner une corde autour de qqc. (Dict. XIXe et XXe s.).
3. a) Suivre, longer en changeant de direction, en effectuant un mouvement courbe ou circulaire. Tourner (la pointe d')un cap, un promontoire; tourner un bois. Comme son père tournait le coin de l'église, Catherine (...) se hâta de le rejoindre, pour prendre avec lui la route de Montsou (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1261). Pendant que je réfléchissais au moyen de tourner cet obstacle imprévu, j'entendis soudain derrière moi le hennissement malencontreux de mon cheval se répercuter à travers le bois (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 78).
En partic. Tourner l'angle, le coin d'une rue; tourner la rue. Changer de direction à l'endroit où une rue débouche dans une autre. Je pris ma course et revins justement à la maison de la comtesse au moment où un coupé fermé en sortait. Cette voiture tourna la rue à gauche (GOBINEAU, Pléiade, 1874, p. 73). Comme un lapin, le fuyard frappé entre les épaules au moment où il tournait l'angle de la rue roula en boule sur le trottoir et resta là, le nez à terre (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 161).
b) Prendre à revers. Tourner l'ennemi, les positions de l'ennemi. Le plan de Napoléon était de tourner le corps du général Mack en faisant filer ses divisions par le bas Danube (SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 121). Ils se heurtèrent contre toute une compagnie du 88e de ligne, qui avait tourné la barricade (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 617).
c) Au fig.
— [Le compl. désigne un obstacle, une difficulté] Éviter, éluder, contourner. Tourner une défense. Il se prépara donc encore une fois à tourner la vérité, au lieu de l'aborder de front (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p. 263). Si chacun d'entre nous est incommunicable en proportion de sa richesse affective, il ne peut tourner cet obstacle que par la ruse d'une évocation (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 29).
— [Le compl. désigne une loi, un règlement] Ne pas respecter sans enfreindre; se soustraire plus ou moins habilement au respect d'une loi. Je me ferais fort de tourner la loi et de vous arracher aux étreintes de l'article 960 du chapitre des Donations; avec le Code, il y a toujours moyen de s'arranger (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p. 213). Déterminé à vivre en parfait honnête homme, je m'applique à tourner la loi, partant à éviter ses griffes (COURTELINE, Article 330, 1900, p. 258).
C. — 1. Diriger par un mouvement courbe ou circulaire. Tourner son fauteuil; tourner son fusil vers; tourner la tête; tourner les pieds en dedans. [Julien] avait grand soin de tourner sa chaise de façon à ne pas apercevoir Mathilde (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 403). C'étaient presque toutes de grandes filles très parées qui tournaient paresseusement le cou vers les passants (NIZAN, Conspir., 1938, p. 239).
P. anal. Tourner les yeux, le(s) regard(s) vers qqn/qqc. Se mettre à regarder dans une nouvelle direction. Au moment où l'accusateur public, M. de l'Argentière, se leva et entonna sa déclamation, Apolline, frappée comme à un accent connu, tourna ses regards sur lui, jeta un cri perçant, et se renversa sans connaissance (BOREL, Champavert, 1833, p. 35). Sa vue ne lui causait que du mal (...). Pourtant, elle n'était pas assez maîtresse d'elle-même pour ne pas tourner les regards vers lui, de temps à autre, et c'était afin de le surveiller (RADIGUET, Bal, 1923, p. 183).
Littér. Tourner ses armes contre qqn. V. arme II A 4 a.
Au fig. Orienter vers, sur. Tourner ses pensées, ses idées, son esprit; tourner sa colère contre qqn. La direction donnée par Socrate consistait (...) à tourner toutes les investigations vers la question de la morale et du bonheur (P. LEROUX, Humanité, 1840, p. 56). Il tournait la conversation sur la danse avec l'espoir de la toucher (JACOB, Cornet dés, 1923, p. 171).
2. a) Mettre quelque chose dans la position inverse de celle occupée auparavant. Tourner les feuillets d'un livre. Il pense à des fleurs, à des prairies de foin en fleur; à des appels de femmes qui tournent le foin (GIONO, Colline, 1929, p. 191). Daniel prit sur le piano un tome du Tour du Monde (...). Le jeune homme, qui, penché sous l'abat-jour, tournait les pages avec une application d'enfant sage (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 875).
Au fig. Tourner la page. V. page2 A 3. Tourner sa veste.
b) Mettre à l'envers. Synon. retourner. Tourner un gant/ses poches à l'envers. « Il n'y a plus de galons », disaient-ils, en tournant leurs manches en dedans (BARRÈS, Cahiers, t. 11, 1917, p. 279).
3. Mettre, présenter en sens inverse ou sur un côté opposé en accomplissant ou en faisant accomplir un mouvement de rotation. M. Thibault lui coupa la parole. (...)Il tourna le buste vers Mme de Fontanin, et commença d'un ton appliqué (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 598). Les soldats affolés se retournèrent, les artilleurs essayèrent de tourner leurs pièces (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 454).
Loc. Tourner bride. Tourner casaque. Tourner le dos. Tourner les talons. Faire demi-tour. Olivier venait d'apercevoir Georges, son jeune frère. Il saisit Bernard par le bras, et tournant les talons aussitôt, l'entraîna précipitamment (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1145).
4. Manipuler, agiter, remuer en tous sens (un objet). L'importance de son acte le bouleversait. Il tournait nerveusement sa casquette entre ses doigts (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 23). L'autre, qui tournait son chapeau entre ses mains, leva vers Tarrou un regard incertain:Il ne faut pas m'en vouloir (CAMUS, Peste, 1947, p. 1346).
Au fig. Examiner, considérer quelque chose sous tous ses aspects. Tourner et retourner une question; tourner les propos de qqn dans sa tête. Toute la marche de l'Europe depuis quatre siècles se résume en cette conclusion pratique: élever et ennoblir le peuple, donner part à tous aux délices de l'esprit. Qu'on tourne le problème sous toutes ses faces, on en reviendra là (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 334). À force de tourner la chose dans sa tête le fils Le Berre jugeait que la mère était de trop dans le monde (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 184).
5. Locutions
a) Tourner le cœur/les cœurs. Soulever le cœur, écœurer. La fumée du cigare m'avait tourné le cœur, et j'étais dans un véritable état d'hallucination et d'hébétement (MALOT, R. Kalbris, 1869, p. 128). Dès qu'elle ouvrait la bouche, une odeur épouvantable, une pestilence à faire tourner les cœurs, s'exhalait (ZOLA, Lourdes, 1894, p. 15).
Au fig. Inspirer du dégoût. J'ai l'impression que vous n'êtes pas étranger à ces mystifications continuelles (...) qui font tourner le cœur du citoyen éclairé (GIRAUDOUX, Intermezzo, 1933, II, 2, p. 99):
3. La contingence n'est pas un faux-semblant, une apparence qu'on peut dissiper; c'est l'absolu, par conséquent la gratuité parfaite. Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter (...): voilà la Nausée...
SARTRE, Nausée, 1938, p. 167.
b) Tourner la tête. Étourdir, griser. Ça, ce doit être du champagne, dont j'ai souvent entendu parler, de ce vin de France qui tourne la tête à ces hommes batailleurs, et les porte à faire la guerre contre tout le monde (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 199). Sans doute y avait-il dans l'air de ce jour-là, avec l'odeur aromatique et grisante des foins de l'alpe, de quoi tourner la tête la plus revêche (PEYRÉ, Matterhorn, 1939, p. 52).
Au fig.
Tourner la tête, la cervelle à qqn. Inspirer à quelqu'un des pensées extravagantes, hors du sens commun. Tu m'as tourné la cervelle avec tes projets, lui dit Constance, je m'y brouille (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 28). Tu lis trop. Tous ces romans te tournent la tête. Qu'as-tu besoin de t'intéresser à des histoires de gens que tu ne connais pas? (SALACROU, Terre ronde, 1938, I, 4, p. 165).
En partic. Tourner la/les tête(s). Inspirer un amour violent à quelqu'un. Je suis une coquette. J'ai voulu vous tourner la tête hier au soir et j'y ai réussi. Je parle de votre tête, poursuivit-elle avec un sourire triste, et pas du tout de votre cœur, bien que vous ayez fait semblant de me l'offrir (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 70).
Tourner les têtes. Susciter l'admiration, l'enthousiasme. Le jeune prêtre qui, selon l'expression du docteur Gallet, « tournait les têtes faibles de Campagne » (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 192).
c) Tourner le sang, les sangs. Bouleverser, émouvoir de façon intense. M. Madinier, sur la plate-forme [de la colonne Vendôme], montrait déjà les monuments. Jamais madame Fauconnier ni mademoiselle Remanjou ne voulurent sortir de l'escalier; la pensée seule du pavé, en bas, leur tournait les sangs (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 449).
6. Tourner à/en. Transformer en donnant un aspect, un caractère différent, une autre signification. Tourner qqc. à son avantage, à son profit; tourner qqc. en bien, en mal, en dérision, en ridicule. Fritz, depuis sa fuite de Hunebourg, avait le vin singulièrement triste et tendre; même ce petit verjus, qui ferait danser des chèvres, lui tournait les idées à la mélancolie (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 110). Quelque effort qu'il fît, toutefois, pour changer de ton et tourner la chose en plaisanterie, j'eus peine à me prêter à son manège (MILOSZ, Amour. init., 1910, p. 234).
Tourner qqn en dérision, en ridicule. Se moquer, ridiculiser. On me tourne de nouveau en ridicule, on vient m'insulter jusques sous mon écorce, où je reste inébranlable comme la grosse pierre du rivage (CRÈVECŒUR, Voyage, t. 2, 1801, p. 21). Les Anglais étaient très haïs et très craints, en France (...) On les tournait en dérision de diverses manières. En jouant sur leur nom (...) on les nommait anges (A. FRANCE, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 25).
7. Dans le domaine du cin.
a) [Le compl. désigne un film, un plan, une séquence] Faire, réaliser. Il y a longtemps que Malraux a subi l'attraction du visible; dès 1936, en tournant son film l'Espoir, il découvrait l'expression photographique (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 12).
Absol. Faire fonctionner la caméra, filmer. Silence, on tourne! (Dict. XXe s.).
b) [Le suj. désigne un acteur] Jouer, tenir un rôle. Je soupçonne, d'après un biographe, qu'il [Jean Marais] jouera, tournera, peindra jusqu'à ce qu'on le pulvérise (COCTEAU, Poés. crit. I, 1959, p. 242).
II. — Empl. intrans.
A. — Se mouvoir en effectuant une rotation.
1. a) Se mouvoir, se déplacer en décrivant une circonférence ou une ellipse autour d'un point donné. La terre, en tournant sur elle-même, dans un jour, présente au soleil tour à tour son hémisphère supérieur et inférieur, et en tournant autour de lui obliquement dans un an, elle lui montre tour à tour son hémisphère septentrional et le méridional (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 352). Elle me montrait la vertigineuse arête éclairée violemment par la lune. (...) Dans une heure, la lune aura tourné derrière la montagne, ce sera le moment (BENOIT, Atlant., 1919, p. 282).
b) Effectuer un mouvement de rotation autour d'un axe. La clef tourne dans la serrure; la porte tourne sur ses gonds; tourner comme une toupie. Quatre broches gigantesques qui tournaient avec un bruit doux, devant les hautes flammes claires (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 643). Le doigt noir du cadran solaire tournait sur le mur de la villa (JOUVE, Paulina, 1925, p. 73). La roue tourne.
♦ [P. méton. du suj.] L'horloge, la pendule tourne. L'heure tournait. Elle tourna... jusqu'à l'arrivée du lieutenant (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p. 117).
— [Le suj. désigne un disque ou, p. méton., un morceau de musique] Une vieille rumba tournait sur un phono (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 559).
♦ [Constr. factitive avec faire] Faire tourner un disque, un électrophone. Lucas, chef d'aéroport, fait, nuit et jour, tourner le gramophone qui (...) provoque une mélancolie sans objet qui ressemble curieusement à la soif (SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p. 190).
En partic. [Le suj. désigne une table] Que pensez-vous des tables tournantes? J'ai vu tourner un guéridon (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 327).
♦ [Constr. factitive avec faire] Faire tourner les tables. Se livrer à des expériences de spiritisme. On parlait de spiritisme, d'ectoplasmes; rue Le Goff, au numéro 2, face à notre immeuble, on faisait tourner les tables (SARTRE, Mots, 1964, p. 123).
c) Décrire des cercles, des tours. Le vent tourne autour de la maison. Avec le cercle des éperviers, l'avion tournait dans l'attente d'un trou plus grand, les yeux de tous les hommes d'équipage baissés, à l'affût de la terre (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 555).
♦ [Constr. factitive avec faire] Faire tourner une pierre. Je jouais avec ma badine que je faisais tourner entre mes doigts (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 219).
♦ [Sous l'effet d'une illusion visuelle] Voir tout tourner. J'étais verte, avec des sueurs froides qui me mouillaient les cheveux... C'était à hurler (...) Madame me surprit, à un moment où je pensais défaillir. Tout tournait autour de moi, la rampe, les marches et les murs (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 76).
— [Le suj. désigne un animé] Décrire une courbe, un cercle; effectuer un mouvement de rotation sur soi-même. Tourner en cercle; tourner autour de la table. Les valseurs tournaient avec une rapidité folle et un air égaré (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 53). Le médecin de Mégère (...) effleura la peau d'un tampon d'ouate et tournant sur ses talons comme une danseuse, jeta dans l'âtre le flocon blanc imbibé d'éther (BERNANOS, Crime, 1935, p. 841). Tourner en rond. V. rond2 C 1 b.
♦ [Constr. factitive avec faire] Selon un ancien valet de cette princesse, elle venait souvent aux arènes, affublée en truand, et (...) elle faisait tourner son amant ainsi qu'un cheval de manége (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 239).
♦ Dans le domaine des sports. Exécuter des tours de piste. Il est indispensable que le sprinter s'astreigne à tourner (L'Auto, 15 juill. 1941 ds PETIOT 1982).
d) S'enrouler, être enroulé, disposé en rond ou en cercle autour de quelque chose. Un escalier de pierre tournant dans une cage obscure (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 62). Un foulard jaune tourne autour de son cou gras Et rouge (CROS, Coffret santal, 1873, p. 114).
♦ [Constr. factitive avec faire] Faire tourner des capitaux, de l'argent. Obtenir rapidement des bénéfices, réinvestir. (Dict. XXe s.).
2. a) [Le suj. désigne un mécanisme dont certaines pièces sont animées d'un mouvement de rotation] Fonctionner. Machine qui tourne; tourner à vide. En fortes vendanges, les pressoirs tournaient la nuit pour venir à bout de la cueillette du jour (HAMP, Champagne, 1909, p. 141). Le moteur tournait. La voiture glissait sur l'asphalte (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 187).
Tourner rond. Fonctionner régulièrement, sans à-coup. Les courants descendants donnent parfois aux pilotes une bizarre sensation de malaise. Le moteur tourne rond, mais l'on s'enfonce (SAINT-EXUP., Terres hommes, 1939, p. 161).
♦ [Constr. factitive avec faire] Faire tourner un moteur. En même temps, j'essayai d'ouvrir la porte. Sur le sol, la verrière se répétait, verte et rouge. Un simple loquet, que je fis tourner (BENOIT, Atlant., 1919, p. 252).
b) [Le suj. désigne une usine, une entreprise] Fonctionner, être en activité. On sait que quelques usines tournaient pour l'ennemi. Il faut juger sans idée préconçue la situation des industriels qui avaient consenti à tourner. Plus de Chambre de commerce, plus d'organisme directeur. Les Allemands avaient frappé à la tête (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 130).
Tourner rond. Bien fonctionner. Usine qui tourne rond. Vous direz pas que le monde tourne rond, et qu'on pourra jamais le faire tourner mieux!... Nous autres, si un jour on s'en mêle, de votre politique... (MARTIN DU G., Vieille Fr., 1933, p. 1094).
♦ [Constr. factitive avec faire] Faire tourner une entreprise. Il ne s'agissait que de faire tourner la grande machine aux produits et aux échanges, et de faire tourner aussi les têtes frivoles (ALAIN, Propos, 1934, p. 1206).
P. anal. [Le suj. désigne une pers.] Maintenir son activité, ne pas être en déficit. Depuis trois ans nos récoltes ne nous suffisent qu'à peine pour tourner (Th. BOST ds Les Derniers puritains, 1977 [1865], p. 314).
3. a) Aller et venir, se déplacer dans un lieu en suivant un itinéraire donné. Il était pâle comme la mort, il avait le frisson, et tournait dans la chambre comme un homme qui ne sait pas ce qu'il veut faire (MURGER, Scène vie boh., 1851, p. 251). Antinéa tournait dans la salle comme une bête en cage (BENOIT, Atlant., 1919, p. 261).
COMM., SPECTACLES. Faire une tournée. Je « tourne », je fais comme bien d'autres. Je dis toujours que j'en ai assez, que c'est ma dernière tournée (COLETTE, Music-hall, 1913, p. 106).
b) Tourner autour (de qqn/qqc.). Évoluer autour sans s'éloigner. C'est peut-être demain que je tue Alexandre; dans deux jours j'aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse apportée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, III, 3, p. 194). C'est la fameuse voiture stomatologique que cherchait Blaire. Justement, Blaire est là, devant, qui la contemple. Il y a longtemps, sans doute, qu'il tourne autour, les yeux attachés sur elle (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 89).
En partic. Tourner autour de qqn
♦ Ne pas aborder quelqu'un directement. Le second capitaine tourna près de dix minutes autour du commandant sans oser lui parler (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 130).
♦ Chercher à attirer l'attention dans le but de séduire.
[Le suj. désigne un homme, le compl. une femme] Ce vieux Cornoiller, qu'est un bon homme tout de même, tourne autour de ma jupe, rapport à mes rentes? (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 186). Monsieur m'embête (...) il s'obstine à tourner autour de moi, avec des yeux de plus en plus ronds, une bouche de plus en plus baveuse (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 125).
[Le suj. désigne une femme, le compl. un homme] On se doute bien de celui que tu reluques, ma fille!... Faudra le prendre de force. Étienne, alors, s'égaya. C'était en effet autour de lui que tournait la herscheuse (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1263).
Au fig.
Tourner autour du pot. V. pot1 I C 2 b.
Tourner autour de la question. Ne pas aborder directement une question. Diane d'Uxelles se gardait (...) de parler de d'Arthez. La marquise tournait autour de cette question comme un Bédouin autour d'une riche caravane (BALZAC, Secrets Cadignan, 1839, p. 360).
♦ [Le suj. désigne des propos, un exposé, un texte] Avoir pour sujet principal, porter sur. La plupart du temps, les débats dont la religion est le thème, tournent autour de la question de savoir si elle peut ou non se concilier avec la science (DURKHEIM, Formes élém. vie relig., 1912, p. 595). La coutume autour de laquelle tourne l'action est une vieille coutume byzantine (COCTEAU, Bacchus, 1952, p. 10).
c) Au fig. Se dérouler, évoluer. Elle entrevit la possibilité d'un ordre de faits plus élevés que celui dans lequel avaient jusqu'alors tourné ses rêveries (BALZAC, Curé vill., 1839, p. 151). [Au théâtre] on a trop fait tourner l'action autour de thèmes psychologiques dont les combinaisons essentielles ne sont pas innombrables, loin de là (ARTAUD, Théâtre et son double, 1938, p. 142).
4. Loc. fig.
Le cœur tourne à qqn. Avoir la nausée. La petite m'a parlé de Childe-Harold (...) j'ai eu la simplicité de me mettre à lire cela (...) Je ne sais pas s'il faut attribuer cet effet à la traduction, mais le cœur me tournait (...) je n'ai pas pu continuer (BALZAC, Modeste Mignon, 1844, p. 36). Elle chancela, et il dut avancer les mains pour la soutenir (...)C'est d'avoir trop lu.Oui, ça m'a tourné sur le cœur, quand je me suis vue seule, en fermant le livre (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 75).
Avoir la tête qui tourne; la tête tourne à qqn. Être étourdi. Je tenais plus d'équilibre... J'avais la tête qui tournait trop... Je me suis écroulé à nouveau (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 392).
Faire tourner la tête à qqn. Étourdir. Les ennuis qu'il a éprouvés pendant le cours de la dernière exposition étaient plus que suffisants pour lui faire tourner la tête (DELÉCLUZE, Journal, 1828, p. 487). — Du champagne?Assez.Il faut autre chose pour faire tourner la tête à un marin (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 170).
En partic. Inspirer un violent amour à quelqu'un. Sûrement elle est pas chenille à poil et maigre en arbalète comme moi pour tant faire tourner la tête aux hommes (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 237).
Tourner de l'œil (pop., fam.). S'évanouir, se trouver mal. Ça m'apprendra, mon cher, à tourner de l'œil devant une ingénue berrichonne (BERNANOS, Crime, 1935, p. 839). Madeleine: Michel! Michel! C'est moi. Comment te sens-tu? Michel, il se soulève: J'ai tourné de l'œil. C'est ridicule (COCTEAU, Parents, 1938, III, 6, p. 289).
Tourner de l'œil (en dedans) (pop.). Mourir. En ce moment, le mandarin le plus utile à la Chine tourne l'œil en dedans et met l'empire en deuil (BALZAC, Modeste Mignon, 1844, p. 152). Pendant huit jours, Coupeau fut très bas. La famille, les voisins, tout le monde, s'attendaient à le voir tourner de l'œil d'un instant à l'autre (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 484).
Ne pas tourner rond. Mal aller. On le devinait. Cela ne tournait pas rond. Elle devait être à bout. Elle était impatiente. Elle était inquiète. Elle évitait de me regarder (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 82).
B. — Changer de direction, d'état.
1. a) Changer de direction, aller dans un autre sens, en sens inverse. Tourner à droite, à gauche; tourner dans une rue, par le boulevard. Le vent peut tourner du jour au lendemain (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 197). L'automobile tournait au coin de l'avenue, et se lançait à toute vitesse sur la route de Laché (R. BAZIN, Blé, 1907, p. 362).
Tourner court. V. court1 II C 1.
Au fig.
♦ [Le suj. désigne un inanimé]
Le vent tourne. La situation a changé. Ce cœur de Marat eut pour ciboire une pyxide précieuse du garde-meuble (...) Puis le vent tourna: l'immondice, versée de l'urne d'agate dans un autre vase, fut vidée à l'égout (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 377). Le vent tourna, M. Picquart eut beau remuer ciel et terre dans les audiences suivantes, il fit bel et bien fiasco (PROUST, Guermantes 1, 1920, p. 240).
La chance, la fortune tourne. La chance, la fortune change, devient défavorable. Si la chance tournait contre eux, Roguin irait vivre à l'étranger au lieu de se tuer (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 81). Quand les Allemands semblaient vainqueurs, votre père s'est rangé de leur côté. Aujourd'hui que la chance tourne, il cherche à s'accommoder des Russes (SARTRE, Mains sales, 1948, 4e tabl., 4, p. 154).
♦ [Le suj. désigne un animé] Tourner à tout vent. Être versatile. (Dict. XXe s.).
b) [Le suj. désigne une voie de circulation] Faire un coude, obliquer. Je sais qu'elles habitent une petite rue qui tourne aux environs de Notre-Dame (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 335).
2. Au fig.
a) Évoluer. Tourner autrement; savoir comment les choses vont tourner. Maheu, d'abord, parla d'aller gifler l'homme et de ramener sa fille à coups de pied dans le derrière. Puis, il eut un geste résigné: à quoi bon? ça tournait toujours comme ça, on n'empêchait pas les filles de se coller, quand elles en avaient l'envie (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1301). L'illusion que certains nourrissaient encore de voir les choses tourner d'une façon favorable ne devait plus être de longue durée (JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 214).
Tourner bien/mal/mieux. Évoluer de façon favorable/défavorable, prendre un tour favorable/défavorable. Ça finit par mal tourner; affaire qui tourne mal. Il se promit de dédommager amplement son hôtesse, dans l'avenir, si les événements tournaient mieux pour lui (BOYLESVE, Leçon d'amour, 1902, p. 193). Alban avait devant lui l'église qui dominait l'arène. Il lui fit quelques signaux de détresse. Cela commençait à tourner vraiment mal (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 541).
— [Le suj. désigne une pers.] Se conduire de telle ou telle façon. Elle aime ce manant, et elle nous menace de tourner comme sa sœur! (SAND, Meunier d'Angib., 1845, p. 301).
Tourner bien/mal. Avoir une bonne/mauvaise conduite, se conduire d'une façon non conforme à ce qui est attendu. L'oncle Gradelle s'emporta (...); il ajouta même que Florent devait mal tourner, que cela était écrit sur sa figure (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 645). C'était une famille nombreuse, quatre garçons, huit filles, et s'il avait fallu maudire séparément chaque fille qui tournait mal (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 101).
b) Tourner à/en. Changer d'état, de forme, d'aspect pour aboutir à; se transformer en.
— [Le suj. désigne une chose] Le temps tourne à la pluie, au froid. Il me semble parfois brusquement que tout mon amour pour lui tourne en haine (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1188). L'angoisse qui tourne au délice est encore l'angoisse: ce n'est pas le délice, pas l'espoir, c'est l'angoisse, qui fait mal et peut-être décompose (G. BATAILLE, Exp. int., 1943, p. 59).
Expr. fig., pop., fam. Tourner en eau de boudin. Tourner au vilain. S'envenimer. Comme la discussion tournait au vilain, Coupeau dut intervenir (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 455).
— [Le suj. désigne une pers.] Le bonhomme tournait à l'intolérance, au fanatisme, disait Homais (FLAUB., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 204). Fontanet tournait au singe savant. Il devenait homme du monde, méprisait les Danquin et n'estimait plus que la richesse et la naissance (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 510).
Loc. Faire tourner qqn en bourrique.
3. [Le suj. désigne un liquide, une préparation culinaire] Se corrompre, s'altérer. Le lait tourne. Il a été convenu qu'on ne parlerait pas d'amour, ça fait tourner les sauces (MURGER, Scène vie boh., 1851, p. 238).
Tourner à l'aigre, au vinaigre. Devenir aigre. La bière tournait au vinaigre (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 110).
Au fig. S'envenimer. — Ça va, c'est bon, intervint la mère, sentant que la dispute tournait à l'aigre, fais tes devoirs, Georges, et toi, prends tes fers, Annie. On en a jusqu'à minuit à repasser (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 215).
Tourner à la graisse, au gras, à l'huile. Prendre une consistance huileuse. Si l'on vendange mûr, le vin tourne au gras sitôt le printemps (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 454).
III. — Empl. pronom.
A. — 1. Se mettre dans un autre sens, en sens inverse, dans une direction donnée. Se tourner vers qqn/qqc., de côté, d'un autre côté; se tourner le dos. Delmar ne ratait pas les occasions d'empoigner la parole; et, quand il ne trouvait plus rien à dire, sa ressource était de se camper le poing sur la hanche, l'autre bras dans le gilet, en se tournant de profil, brusquement, de manière à bien montrer sa tête (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 128). Il se jeta sur son lit, se tourna du côté du mur (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1248).
En partic. Changer de position en effectuant une rotation. Il éteignit sa lumière et se tourna dans son lit pour dormir (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 36). Elles dormaient la fenêtre fermée. Julie, qui étouffait contre le mur, se tournait et se retournait sous les couvertures (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 163).
2. [Le suj. désigne les yeux, le regard] Se diriger par un mouvement courbe vers quelqu'un/quelque chose. Tous les regards se tournent vers Mathilde, afin de découvrir sur son visage les traces de ses sentimens secrets (COTTIN, Mathilde, t. 2, 1805, p. 172). Ses yeux se tournèrent de nouveau vers le moribond (MARTIN DU G., Thib., Mort père, 1929, p. 1290).
3. Au fig. Se diriger, s'acheminer vers quelque chose. L'Idéalisme, réalisé anthropomorphiquement par des Juifs, produisit le Christianisme. Alors tout l'Occident se tourna avec tant d'empressement vers l'idéal (...) que l'on crut pouvoir immédiatement, et sans l'intermédiaire de cette vie, se réunir à la Beauté divine (P. LEROUX, Humanité, 1840, p. 92). Toutes les imaginations humaines, fraîches ou flétries, tristes ou joyeuses, se tournent vers le passé, curieuses d'y pénétrer (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 322).
Se tourner contre qqn. Changer d'attitude à l'égard de quelqu'un en prenant parti contre lui. On se tournait désormais contre moi, l'ennemi numéro un, contre qui toutes les armes allaient devenir bonnes (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 177).
♦ [P. méton.; le suj. désigne un sentiment] La fureur du maître, déçue de ce côté, se tourna contre Giulia qui, depuis cinq ou six matinées, ne rendait plus même au Duc le respect de l'aller visiter à son réveil (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 200).
Ne plus savoir de quel côté se tourner, où se tourner. Ne pas savoir quelle décision prendre; être surchargé de travail, d'occupations. (Dict. XXe s.).
4. Locutions
Se tourner les sangs (pop., vieilli). Être bouleversé, ému, se soucier de façon intense. On l'entendait, dans la cuisine, se battre avec le fourneau et la cafetière. Gervaise se tournait les sangs; ce n'était pas l'occupation d'un homme, de faire du café (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 470). C'est parce que vous y pensez trop, madame Céleste. À quoi bon se tourner les sangs. Laisser donc faire la justice (BERNANOS, Crime, 1935, p. 815).
B. — Se tourner en
1. Se changer, se transformer en; passer d'un état à un autre. Chez les individus qui ont l'estomac actif, (...) ce qui n'est pas nécessaire pour la réparation du corps se fixe et se tourne en graisse (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p. 224). Qui ne sait pas être charmant n'est pas grand, et vous le prouvez, car vous êtes charmante. Votre grandeur, quand bon lui semble, se tourne en grâce à volonté, et c'est ainsi qu'elle se démontre (HUGO, Corresp., 1862, p. 391).
2. Au fig. Se muer. L'imagination, quand elle change de nature et se tourne en sensibilité, ne dispose pas pour cela d'un nombre plus grand d'images simultanées (PROUST, Sodome, 1922, p. 1120). L'amour tend à aller toujours plus loin. Mais il a une limite. Quand la limite est dépassée, l'amour se tourne en haine (S. WEIL, Pesanteur, 1943, p. 69).
REM. Tourne-, élém. de compos. entrant dans la constr. de nombreux mots de la lang. cour. ou de termes de métiers. V. tourne-à-gauche, tournebride, tournebroche, tourne-disque, tournedos, tourne-feuille, tournemain, tourne-pierre, tournesol, tournevire, tournevirer, tournevis.
Prononc. et Orth.:[], (il) tourne []. Att. ds Ac. dep. 1694. Comp. avec tourne-: []. V. le détail des mots et prop. ds CATACH-GOLF Orth. Lexicogr. Mots comp. 1981, pp. 256-257. Étymol. et Hist. A. Exprime une notion de mouvement approprié pour mettre, présenter, diriger... d'une certaine façon 1. a) 2e moit. Xe s. pronom. « se diriger vers » (St Léger, éd. J. Linskill, 206: Cil Landeberz, qual vid Torne s'als altres, si lor dist); b) Xe s. trans. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 293: Envers Jesúm sos olz torned); c) ca 1050 (Alexis, éd. Chr. Storey, 344: Tut sul s'en est Eufemien turnét, vint a sun filz); d) ca 1100 spéc. (Roland, éd. J. Bédier, 2445: De cels d'Espaigne unt lur les dos turnez); e) ca 1165 (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, éd. L. Constans, 12249: l'espee li torna el poing); f) 1160-74 (WACE, Rou, éd. A. J. Holden, 2758: li venz turna); g) 1176-81 (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier Lyon, éd. M. Roques, 178: et tornai mon chemin a destre; 4912: car me dites voire novele se vos savez ou il torna Et s'il en nul leu sejorna); h) ca 1200 (Escoufle, 292 ds T.-L.: cil roncin henissent, Dont ces rües erent si plaines C'on n'i pöoit torner a paines); i) ca 1200 (1re Continuation de Perceval, éd. W. Roach, t. 1, p. 388: [le cygne] qui cria et braist et feri Tant fors ses eles en la mer Si que il en a fait torner Le chalant); j) déb. XIIIe s. (RAOUL DE HOUDENC, Vengeance Raguidel, 93 ds T.-L.: Oncques la nuit ne reposa, Sor coste se torne et a dens); k) 1530 (PALSGR., p. 764: il a tourné toute la maison cen dessus dessoulz); 2. domaine mental « diriger ses pensées, son esprit, sa volonté (vers quelque chose, à faire quelque chose) » a) ca 1050 (Alexis, 156: turnent el consirrer [cf. éd.: elles se résignent]); b) ca 1100 (Roland, 307: Sur mei avez turnet fals jugement); c) ca 1145 (WACE, Conception N. D., éd. W. R. Ashford, 93: Tot erent al neier torné [cf. KELLER, p. 70: s'attendre à qqc.]); d) ca 1165 (BENOÎT DE STE-MAURE, op. cit., 15030: A ço tornent tuit si penser); e) fin XIIe-déb. XIIIe s. (Dialogus anime conquerentis ds Romania t. 5, p. 277: ou que je me torne, li fais de mé mas me porsevent); f) av. 1250 (GUILLAUME LE CLERC, Tobie, 96 ds T.-L.: Qui chuida sor son seignor torner tot le blasme de son trespas); g) 1340 (GUILLAUME DE MACHAUT, Dit dou Vergier, éd. E. Hœpffner, 1255: Et j'aussi sui a ce tournez Que nulle riens ne me destourne; 1261: qui fait mon cuer mettre et tourner a li servir); h) ca 1590 (MONTAIGNE, Essais, II, 6, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 380: Si quelcun s'enyvre de sa science [...] qu'il tourne les yeux au dessus vers les siecles passez); 3. notion de mouvement de rotation autour d'un axe a) ca 1155 (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 3883: Fortune ad sa roe tornee E Rome rest esviguree); b) ) 1216 intrans. (GUILLAUME LE CLERC, Fergus, 89, 37 ds T.-L.: Capon tornoient a un feu); ) ca 1245 trans. (PHILIPPE MOUSKET, Chron., 19921, ibid.: Si prist a torner les capons); c) 1377 (ORESME, Ciel et Monde, éd. A. D. Menut et A. J. Denomy, p. 450: Et pour ce il samble que le soleil tourne); d) 1585 (N. DU FAIL, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t. 2, p. 319: Dieu, le seul moteur, et qui fait tourner et subsister ceste machine ronde); 4. loc. 1606 la teste me tourne (NICOT), cf. ca 1100, Roland, 2011: Oliver sent que la mort mult l'angoisset. Ansdous les oilz en la teste li turnent; 5. a) 1907 cin. « tourner la manivelle (en parlant de l'opérateur) » (MÉLIÈS, V. Cin., A.G.I.P., p. 365 ds GIRAUD, p. 285: il est nécessaire de « tourner » plus vite, pour éviter les traînées et le flou), cf. GIRAUD: ,,Quand la manivelle fit place à un dispositif automatique le verbe garda une valeur de symbole``; b) 1909 « jouer devant l'appareil (en parlant des acteurs) » (Y. ARNOLD, Ciné-J., 18 févr.-4 mars, 7/2, ibid.); c) 1917 (COLETTE, Le Film, 6 oct., 15/2, ibid., p. 286: l'auteur du scénario qu'on est en train de « tourner »). B. Notion de changement, d'évolution 1. domaine mental « changer, se transformer (en...) » a) ca 1050 (Alexis, 145: sa grant honur a grant dol ad turnede); b) ca 1145 torner a enui (à qqn) + sub. complét. « faire à quelqu'un mal au cœur que... » (WACE, Conception N. D., 448 [v. KELLER pour les nombreux empl. en constr. impers. chez Wace]); c) 1200-20 en partic. « se convertir » (Pseudo-Turpin, I, 2, 30 ds T.-L.: Li Sarrazin, qui se voldrent torner a la loi crestïene fist baptizier); d) ca 1220 (GAUTIER DE COINCI, Mir., éd. V.-F. Koenig, II Dout 34, 1392: tornons luxure les talons); e) ca 1220 (ID., ibid., I Mir 42, 612: [luxure] l'ame tourne et enaigrist); f) 1229 (GERBERT DE MONTREUIL, Roman de la Violette, éd. D. L. Buffum, 1454: car autrement tornast li vers [« la situation », cf. gloss.] Se vous ne m'eüssiez aidié); g) 1369 (GUILLAUME DE MACHAUT, Prise d'Alexandrie, éd. Mas Latrie, p. 229: chose qui tournast contre mon honur); h) ) fin XIVe s. « influencer quelqu'un » (FROISSART, Chron., éd. A. Mirot, t. 14, p. 40: il tournoit le roy là où il vouloit, et luy faisoit entendre et encliner là où il luy plaisoit); ) 1656 (PASCAL, Provinciales, V, éd. Lafuma, p. 390: un seul docteur peut tourner les consciences et les bouleverser à son gré); ) 1662 (MOLIÈRE, École des femmes, III, 3: Ainsi que je voudrais je tournerai cette âme); i) 1548 tourner sa robe (N. DU FAIL, Baliverneries, éd. G. Milin, p. 5); j) 1588 (MONTAIGNE, Essais, III, 1, p. 795: le dos tourné à l'ambition); k) 1588 tourner le feuillet « oublier » (ID., ibid., I, 38, p. 234); l) 1665 (MOLIÈRE, Dom Juan, I, 2: vous tournez les choses d'une manière Qu'il semble que vous avez raison); m) 1675 (Mme DE SÉVIGNÉ, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 1, p. 734: de quelle hauteur (var.: de quelle manière) se tournera cette amitié); n) 1675 (ID., ibid., t. 2, p. 92: on craint tout de bon que son esprit ne se tourne); 2. indique un changement d'état, d'aspect a) ca 1165 torner a porreture (en parlant d'un cadavre) (BENOÎT DE STE-MAURE, op. cit., 22397); b) ca 1393 (Ménagier de Paris, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 191: lait garder de tourner); c) ca 1580 (B. PALISSY, Discours admirable, éd. A. France, p. 351: il y a quelque espece de matiere rouge qui fait tourner l'azur en couleur purpurée); d) 1600 (OL. DE SERRES, p. 222 ds GDF. Compl.: les excessives chaleurs et les grands bruits font souvent tourner les vins); 3. en partic. 1165 « traduire » (BENOÎT DE STE-MAURE, op. cit., p. 121: De greu le [livre] torna en latin); 4. notion d'apprêter, arranger a) ) ca 1220 (GAUTIER DE COINCI, op. cit., I Mir 31, 135: La lettre [du livre] estoit si fremians, Si bien tornee et si rians Qu'il sambloit que Diex l'eüst faite); ) ca 1240 (Mort Aymeri de Narbonne, 160 ds T.-L.: Longues [ot] les jambes, et les piez bien tornez); ) fin XIVe s. (FROISSART, op. cit., éd. G. Raynaud, t. 10, p. 115: et [il] estoit de membres li mieux tournés); b) av. 1563 tourner des vers (LA BOÉTIE, Œuvres compl., éd. L. Feugère, p. 481); c) 1767 cuis. « apprêter un fruit » (Dict. portatif de cuis., d'office et de distillation, p. XV); 5. en partic. techn. a) ca 1260 torner a tour « façonner au tour » (ÉTIENNE BOILEAU, Livre des métiers, éd. G. B. Depping, p. 82); b) 1395-96 (Compt., exp. comm. dom., A. Hôpital général Orléans ds GDF. Compl.: vaisselle d'étain torné). C. Loc. 1. a) ca 1170 a mal li tort « qu'il lui arrive malheur (pour cela) » (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 1226); b) 1498-1515 (GRINGORE, Œuvres, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 2, p. 7: Que je face chose qui tourne à préjudice A aultruy); c) 1579 tourner au profit de qqn (LARIVEY, Laquais, I, 3 ds Œuvres, éd. Viollet-le-Duc, t. 5, p. 22); 2. a) 1160-74 (WACE, Rou, 15: Tornez fust en oubliance se ne fust); b) 1606 tourner tout en jeu (BERTAUT, Recueil, p. 141); c) 1607 tourner en risée (D'URFÉ, L'Astrée, t. 1, p. 382); d) 1627 tourner (qqc.) en bien (Ch. SOREL, Berger extravagant, p. 306); e) 1694 (en parlant des affaires) tourner bien, tourner mal (Ac.); f) 1694 tourner tout en bien, en mal (ibid.); 3. 1676 tourner autour du pot (I. DE BENSERADE, Métamorphoses d'Ovide, p. 51). Du lat. tornare « façonner au tour » (dér. de tornus « trépan, tour »), empl. au fig. par Horace: male tornatos incudi reddere versus « remettre sur l'enclume les vers mal tournés » (v. OLD); l'ext. des sens s'est réalisée en rom. au détriment de torquere « tordre, tourner » (v. tordre) et vertere « tourner, faire tourner » (v. vers1, vers2, verser), v. ERN.-MEILLET. Fréq. abs. littér.:13 946. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 11 646, b) 21 823; XXe s.: a) 22 589, b) 24 088.
DÉR. 1. Tournement, subst. masc., rare. Action de tourner. Pourquoi, ce malheureux, se laisse-t-il embêter par un tas d'idioties comme le tournement de la terre, la vie des planètes (...)? (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1905, p. 128). Madame Arnaud-Miqueu, sur un trottoir de Vichy, eut un de ces vertiges qu'elle appelait tournement de tête (MAURIAC, Myst. Frontenac, 1933, p. 88). []. Att. ds Ac. 1878. 1res attest. a) ca 1185 turneement « tournoi, combat » (HUE DE ROTELANDE, Protheselaus, éd. F. Kluckow, 226), seulement deux fois en a. fr. (v. GDF., s.v. tornement), b) ) XIVe s. [ms.] « mouvement de ce qui tourne » (Sydrac, Ars. 2320,161, ibid.), ca 1330 (GUILLAUME DE DIGULLEVILLE, Pelerinage de l'Ame, éd. J.-J. Stürzinger, 2139: tournement de rœ), ) 1538 spéc. tournement de tête « étourdissement » (EST., s.v. vertigo); de tourner, suff. -ment1. 2. Tournerie, subst. fém. Industrie ou commerce des objets en bois tourné. Objets divers en bois (articles ménagers, agricoles, de tournerie) (Industr. fr. bois, 1955, p. 4). []. 1res attest. a) 1562 « art du tourneur » (Chartes et privil. des 32 mét. de la cité de Liège, p. 82, éd. 1730 ds GDF.), b) 1813 « atelier du tourneur » (Établissements du Creusot. Description sommaire, p. 10 ds QUEM. DDL t. 3, v. WEXLER, p. 146); de tourner, suff. -erie; le mot a signifié en a. fr. « tournoi », « action de tourner en rond » et « manière de se tourner » (v. GDF. et FEW t. 13, 2, p. 57).
BBG. — QUEM. DDL t. 1, 2, 10, 13, 36. — WALTER (H.). Le Fr. dans tous les sens. Paris, 1988, 384 p.

tourner [tuʀne] v.
ÉTYM. 980, torner; surtout « s'en retourner, revenir; (se) diriger; échanger… », en anc. franç.; du lat. tornare « façonner au tour », de tornus. → 2. Tour.
———
I V. tr.
1 a (Mil. XIIIe). Façonner au tour. || Tourner le buis, l'ivoire, le fer. || Tourner des obus.Absolument :
0.1 — Moi, à votre place, j'aurais un tour !
— Mais je ne sais pas tourner, répondait le clerc.
Flaubert, Madame Bovary, II, chap. 6.
(1767; en cuis.). Apprêter en pelant et en donnant une forme ronde et régulière. || Tourner une carotte, un navet.
b (XVIe). Fig. Agencer, arranger, manier (les mots) d'une certaine manière, selon un certain style. 3. Tour (III., B., 2.). || On tourne les mots comme on veut (→ Flexibilité, cit. 2). || Tourner des vers (→ 1. Sens, cit. 42), les mots d'un billet (→ Montrer, cit. 14). || Tourner un compliment (→ Grain, cit. 29), une épigramme, des madrigaux (→ Gras, cit. 33).
1 À force d'avoir mis des homélies au net, j'avais appris à tourner une phrase; j'étais devenu une espèce d'auteur.
A. R. Lesage, Gil Blas, VII, XII.
2 Le bon duc tournait assez joliment les vers.
France, l'Anneau d'améthyste, II, Œ., t. XII, p. 25.
2 (XIIIe, torner la mole « meule »). a Faire mouvoir autour d'un axe, d'un centre; imprimer un mouvement de rotation à (qqch.). || Tourner la meule (supra cit. 1), les manettes (→ Grouiller, cit. 4), la manivelle (cit.), une broche (cit. 4), l'arbre (cit. 51) des moulins. || Cheval qui tourne un manège (cit. 3).Tourner la clef (→ Agenouiller, cit. 6; 1. contre, cit. 6; gâchette, cit. 1), le bouton (cit. 9) de la porte, la poignée (supra cit. 6), les loquets (cit. 2).
3 (…) Félicité, qui tournait son rouet dans la cuisine.
Flaubert, Trois contes, « Un cœur simple », III.
3.1 Ils avaient tourné la poignée, la porte de la boutique était fermée, mais la poignée n'avait pas été enlevée, c'était de bon augure, l'antiquaire ne devait pas être bien loin…
N. Sarraute, le Planétarium, p. 75.
b Par anal. || Tourner et retourner (cit. 12) sa cuiller. || Tourner et retourner un cocon entre ses doigts (→ Examiner, cit. 7).Par ext. Agiter, remuer (pour délayer, mélanger, etc.). || Tourner une pâte (→ 2. Boulanger, cit. 1), une sauce.Tourner en déformant, en roulant. Bistourner, tordre, tortiller. — ☑ Se tourner les pouces (cit. 6), tourner ses pouces (cit. 5).
c Fig. Agiter, remuer en tous sens; examiner sous toutes ses faces. || Tourner et retourner (cit. 13) un problème, un projet. Considérer, examiner, rouler, ruminer. || « Après avoir tourné le cas En cent (cit. 4) et cent mille manières ». || Tourner dans sa tête le discours qu'on va faire (→ Entamer, cit. 13).
d Loc. Tourner la tête, le cœur (de qqn; à qqn). Bouleverser, chavirer. || Tourner la tête (à qqn) : étourdir. (1640). || Ce vin lui tourne la tête, l'étourdit. Griser. || Le bruit lui tourne la tête. Excéder, importuner. || Cette odeur tourne le cœur, soulève le cœur, écœure.(Sens moral). Tête (cit. 32; et supra. → aussi Cervelle, cit. 5; 2. sourire, cit. 5).
4 (…) les sachets de naphtaline dont la senteur poivrée lui brûlait les narines et lui tournait le cœur.
Martin du Gard, les Thibault, t. VI, p. 79.
e Loc. fam. P.-ê. factitif du sens intrans. (II., B., 3.) — le sang « s'aigrit » comme le lait — mais l'image du retournement prédomine. Tourner le sang, les sangs : causer une impression bouleversante. Bouleverser, émouvoir (→ Son sang n'a fait qu'un tour [3. Tour, I., A., 4.]).
3 (1530). Mettre à l'envers, faire aller ou disposer en sens inverse. || Tourner un gant à l'envers. Retourner. || Tourner le fourrage vert pour le faire sécher (→ Moyette, cit.).Tourner les feuillets (→ Déroulement, cit. 3; humecter, cit. 5). — ☑ Tourner la page, les pages d'un livre ( 1. Page; et supra cit. 5, au figuré).
5 Pour la seconde fois il changea de chemin,
Comme en lisant on tourne un feuillet d'un registre.
Hugo, la Légende des siècles, X, I.
Par métaphore. || « On tourne une pensée (1. Pensée, cit. 43) comme un habit » (Vauvenargues).
4 (1080). Mettre, présenter (qqch.) en sens inverse, sur une face opposée ou en accomplissant dans une certaine direction un mouvement approprié (demi-tour, mouvement latéral…). — ☑ Loc. (sans déterminant). Tourner bride, tourner casaque. Bride (cit. 14 et 15), casaque (cit. 3).(Avec déterminant).Tourner le dos à qqn, à qqch. ( Dos, cit. 10 et 11), les talons ( Talon, infra cit. 2).
5 (980). Diriger, par un mouvement courbe. Disposer, présenter (infra cit. 5). || Tourner le canon dans la direction de l'objectif. Braquer. || Tourner son fauteuil de biais (→ Origine, cit. 8). || Cette plante tourne ses feuilles vers la lumière. Exposer, orienter. || Tourner les pieds en dedans (→ Bot, cit.). || Tourner la pointe du pied en dehors (→ Hausser, cit. 4). || Tourner la tête à droite (2. Droite, cit. 6) et à gauche; vers quelqu'un (→ Harmonium, cit. 2). Absolt. || Tourner la tête (→ Cou, cit. 7). || Il tourna vers l'abbé son visage bouffi (cit. 1). || Tourner le nez d'un autre côté (→ Émoi, cit. 2).Par ext. || Tourner les yeux vers, sur qqn, se mettre à le regarder. Regarder (→ Fange, cit. 4; fuligineux, cit. 4; gracieux, cit. 1).Tourner son regard, ses regards vers qqn, qqch. (→ Émouvant, cit. 1; exil, cit. 14; face, cit. 43). — Littér. || Tourner sa vue (→ Daigner, cit. 3) sur qqn. || Tourner ses pas vers… : aller vers…
6 Le ton de cette voix parut à Jacques d'une tendresse nouvelle; incapable de prononcer un mot, il tourna vers son frère son visage crispé; et, cette fois, ses yeux s'emplirent de larmes.
Martin du Gard, les Thibault, t. I, p. 194.
7 Je l'interpellai, rien que pour lui faire tourner la tête de mon côté (…)
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 439.
Fig. (sens abstrait). || Tourner toutes ses pensées vers… Adonner, appliquer, penser. || Tourner son esprit (cit. 125), ses idées d'un autre côté (→ Génie, cit. 47). || Tourner son effort vers l'acquisition du bien-être. Orienter (→ Exigence, cit. 2). || La loi allait tourner la majorité du clergé contre la Révolution (→ 1. Derrière, cit. 8).
6 (XIIe). En loc. || Tourner (qqn, qqch.) en…, à… : transformer (qqn, qqch.) en donnant un aspect différent, une autre nature, un autre caractère. Changer. || Tourner la gourmandise (cit. 6) en habitude.Tourner (qqn, qqch.) en ridicule ( 1. Ridicule, cit. 6; et supra), en dérision (cit. 2), en raillerie. Moquer (se), railler, ridiculiser. || Tourner une chose en plaisanterie (cit. 7), en bien, en mal. Interpréter, prendre.Tourner tout à son profit (→ Admettre, cit. 15), à son avantage (→ aussi Favoriser, cit. 1; perspective, cit. 11), de manière à en tirer profit, avantage.
7 a (1680; « faire le tour de », XIVe). Suivre, longer en changeant de direction. || Tourner le coin de l'avenue (→ Qui, cit. 89), un angle de mur (→ Plaie, cit. 11). || Tourner un promontoire (cit. 1), un cap. Contourner.
b Prendre à revers. || Tourner les positions de l'ennemi, le front ennemi; tourner l'ennemi. Déborder.
c (En évitant, en éludant). || Tourner l'obstacle (cit. 4), la difficulté (→ Je, cit. 4; 2. que, cit. 9). || Tourner la loi (1. Loi, cit. 18), les règlements (→ Côtoyer, cit. 3), éviter de les observer sans les enfreindre.
8 (…) c'était à qui contrarierait ses instructions ou tournerait sournoisement les ordres qu'il donnait.
R. Dorgelès, le Cabaret de la belle femme, Gousse d'ail.
8 (1908, absolt; par allus. à la manivelle des premières caméras; → ci-dessus, I., 2.). || Tourner un film : faire un film. Filmer; tournage. || Tourner une scène, une séquence, un plan. || On s'y est repris à vingt fois pour tourner ce plan.Par ext. Prendre en film. || Tourner des personnages (→ 2. Plan, cit. 8).
9 La stupidité des propos de mes voisins, hier soir, au cinéma de Nice (…) Mais c'est pour ces gens-là qu'on tourne les films. D'eux dépend le succès.
Gide, Journal, 1er sept. 1930.
9.1 Des escaliers aux marches énormes mènent aux terrasses. Marc y monte, la visite finie, pour tourner quelques films.
Gide, Voyage au Congo, p. 850.
Absolt. Faire fonctionner la caméra. || Silence ! on tourne.
Jouer (au cinéma). → Générique, cit. 2. || En ce moment, cet acteur tourne beaucoup, ne tourne pas.
———
II V. intr.
A Être en rotation.
1 (Fin Xe). Se mouvoir circulairement, exécuter un mouvement de rotation, de giration, et, par ext., décrire une ligne courbe (fermée ou non) autour de quelque chose. || La Terre tourne autour du Soleil (cit. 10). Graviter. || Planètes qui tournent autour du Soleil. Orbite. || Tourner sur un axe (cit. 1 et 2), sur un pivot ( Pivoter), autour d'un point (→ Compas, cit. 1), d'un centre (→ Attractif, cit. 1), d'un pôle (cit. 8)… Roue.La roue tourne. || Dispositifs qui tournent : roue, girouette (cit. 3), hélice (→ Parcourir, cit. 3), meule (→ Passer, cit. 41), toton, toupie || Rôti tournant à la broche (→ Espièglerie, cit. 2; fumet, cit. 3).La porte (1. Porte, cit. 17) tourne sur ses gonds (cit. 2; → Huiler, cit. 2; serrure, cit. 1). Charnière.Décrire plusieurs cercles, plusieurs tours. Tournoyer. || Le frondeur fait tourner la pierre qu'il veut jeter (cit. 1). Moulinet. || On voyait la fumée s'élever en tournant (→ Poudrière, cit.). Tourbillonner; volute.Effectuer un mouvement de rotation (corps sphériques, cylindriques, coniques). || Tourner sur soi-même comme une toupie (cit. 1). || Cylindre tournant dans un tourbillon (→ Succion, cit. 2). Rouler. || Globe (cit. 11) terrestre qui tournait avec lenteur. || La Terre tourne, tourne sur elle-même. — ☑ Allus. hist. Et pourtant elle tourne ! (mot prêté à Galilée à propos de la Terre).
10 Dans le seizième siècle, Galilée a été livré à l'Inquisition pour avoir dit que la terre tournait (…)
Mme de Staël, De l'Allemagne, Observations générales.
11 Galilée jura solennellement qu'il s'était trompé, et qu'au fond de son cœur il jugeait que la terre ne tournait point.
Alain, Propos, 24 mars 1922, Nuances de l'humiliation.
12 On sait que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil; on sait que la lune tourne autour de la terre. Mais c'est un savoir abstrait.
Alain, Propos, 8 juil. 1911, Astronomie.
13 Théoriquement on sait que la terre tourne, mais en fait on ne s'en aperçoit pas, le sol sur lequel on marche semble ne pas bouger et on vit tranquille.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. III, p. 70.
14 L'aiguille tourne et le temps grince (…)
Aragon, le Crève-cœur, « Les amants séparés ».
Faire tourner un disque. Tourne-disque.
15 Il fait tourner, pour soi, un disque luisant qui grouine à l'étouffée.
G. Duhamel, Salavin, VI, VIII.
Spécialt. Faire tourner les tables (supra cit. 15).
(Sous l'effet d'une illusion de la vue). || Je vis tout tourner (→ Appuyer, cit. 33; et aussi réveiller, cit. 9). || Il restait ébloui (cit. 22), avec des ronds violets qui lui tournaient dans les yeux.
(Sujet n. animé). Décrire une courbe, un cercle, ou tourner sur soi-même. || Des écuyers prestes (cit.) tournèrent sur la piste. Évoluer. || Tourner en rapide cadence (→ Apsara, cit. 1). || Tourner en cercle sur soi-même (→ Fourvoyer, cit. 2), en tous sens, sur ses talons. Pirouetter, pivoter, tournoyer, virevolter (→ Bloc, cit. 8).Tourner en rond. Marcher, rôder (→ Calmer, cit. 15).Tourner autour de sa table (→ Gâteux, cit. 3), autour de l'autel (→ Évolution, cit. 6).
16 Quel plaisir ça me serait de te tenir par la main et de te faire tourner dans mes bras, et de te voir, si légère et si gentille, ne danser qu'avec moi !
G. Sand, la Petite Fadette, XXVII.
17 Occuper les loisirs d'un homme sain et actif est souvent difficile. Éloigné de son travail il s'ennuie, tourne dans la maison comme une bête en cage (…)
A. Maurois, Un art de vivre, III, 7.
18 Il tourne en rond et rôde par les ruelles.
Martin du Gard, les Thibault, t. IV, p. 18.
18.1 Ils allaient plus vite que tous, tournaient, tournaient, couraient en pivotant éperdument, liés à ne plus faire qu'un, et le corps droit, les jambes presque immobiles, comme si une mécanique invisible, cachée sous leurs pieds, les eût fait voltiger ainsi.
Maupassant, Yvette, Pl., t. II, p. 244.
Spécialt. Avoir le tournis (moutons).
Par anal. (Sujet n. de chose). || Le vent tournait autour de la maison (→ 1. Brasser, cit. 2).
Spécialt. Exécuter des tours de piste (athlétisme, cyclisme, automobile).
2 (Sujet n. de chose). Fonctionner (en parlant de mécanismes dont une ou plusieurs pièces ont un mouvement de rotation). || Le moulin (cit. 5, au fig.), le moteur tourne (→ Modèle, cit. 12). || Tourner rond. Rond (adv.; cit. 5 et supra). || Tourner à vide.
19 (…) la Rieule, petite rivière qui se jette dans l'Andelle, après avoir fait tourner trois moulins (…)
Flaubert, Mme Bovary, II, I.
Par ext. || Faire tourner une usine, une entreprise. Fonctionner, marcher.
3 (Sujet n. de chose). S'enrouler, être disposé en rond. || La gaze (cit. 4) du pansement tournait autour du cou. || Spirale d'un escalier qui tourne. Tournant (→ aussi Galerie, cit. 3).
20 (…) au coude de la route qui tourne sur elle-même comme celle que les Italiens appellent des corniches (…)
Balzac, Modeste Mignon, Pl., t. I, p. 358.
Faire tourner des capitaux, de l'argent : obtenir rapidement des bénéfices, réinvestir, etc. || Il ne fait pas tourner son argent, il le place.
4 Tourner autour de (qqn, qqch.) : évoluer autour de (qqn, qqch.) sans s'éloigner. Papillonner, tournoyer, voltiger. || Les gamins tournaient autour du défilé (→ Procession, cit. 5).Vx. || « Il tourne à l'entour du troupeau » (→ Marquer, cit. 34).
Spécialt. || Tourner autour de qqn, d'une femme, dans un dessein de conquête (→ Freluquet, cit. 3; honte, cit. 47). || Il tourne autour de ma jupe (→ Rapport, cit. 17).
21 — (…) Où as-tu traîné si longtemps ? Sur la Piazza à tourner autour des filles (…)
J. Romains, Volpone, III, 2.
22 Elle sentait tourner autour d'elle ce désir lourd et troublant de l'homme qui va devenir amoureux (…)
Edmond Jaloux, les Visiteurs, IV.
22.1 À propos de votre femme. Y a un type qui tourne autour, un de vos collègues.
R. Queneau, le Dimanche de la vie, p. 262.
Loc. fam. Tourner autour du pot (infra cit. 14).
(Sujet n. de chose). Avoir pour centre d'intérêt, pour sujet principal. || La littérature rabbinique (cit.) tournait autour de la loi. || Contes qui tournent autour d'un jeune protagoniste (→ Initiatique, cit. 1).Tout tourne autour de vous, sur vous. Dépendre.
23 (…) tout tourne ou sur vous, ou de vous, ou pour vous, ou par vous.
Mme de Sévigné, 148, 23 mars 1671.
24 La seconde partie de l'entrevue tourna autour de la confection du thé dans la cuisine.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, IV, p. 30.
5 Spécialt (théâtre, comm.). Faire une tournée. || Troupe, représentant de commerce qui tourne dans une région.(Dans un autre contexte). || « Le curé Ponosse est bien venu tourner ces jours » (G. Chevalier, Clochemerle, p. 87).
6 Par métaphore ou fig. Se dérouler. || Paris est la ville pivot (cit. 3) sur laquelle l'histoire a tourné. || Cercle d'occupations (cit. 4) où tourne son existence (→ aussi Heure, cit. 10).
7 Loc. (1606). La tête lui tourne : il est étourdi, il perd le sens de l'équilibre.Ce vin me fait tourner la tête, m'étourdit, me donne le vertige ( Tête, cit. 4; et supra cit. 29. → aussi Enivrer, cit. 12; extravagant, cit. 3; griser, cit. 2; hors, cit. 37). Tourbillonner, tournoyer, troubler (se). || Il sentait son cerveau tourner dans sa tête (→ Assembler, cit. 10).
Loc. fam. Tourner de l'œil : s'évanouir. Œil (cit. 47). — ☑ Vx. Tourner de l'œil en dedans : mourir.
B (1080, « changer »).
1 Changer de direction, aller en sens inverse ou dans un autre sens. Retourner (se). || Tourner pour fuir (→ Retomber, cit. 7).Tourner court, dans un très petit espace (syn. : tourner serré). — ☑ Fig. Tourner court ( 1. Court, cit. 21 et 22).On le fait tourner à droite, à gauche. Obliquer, virer (→ Baguette, cit. 8). || Tourner à l'est (cit. 2); à l'ouest, vers le couchant (→ Fontaine, cit. 3). || Tourner dans une rue, par la rue X, par le boulevard (→ Filature, cit. 4; forain, cit. 4; itinéraire, cit. 1). || Faire tourner une voiture. Braquer. || « D'un carrosse en tournant il accroche une roue » (→ Boue, cit. 1).(En parlant d'une voie). || Angle où l'avenue tourne. Tournant (→ Immobiliser, cit. 9).
25 Le valet de pied sauta sur le siège auprès du cocher; et les chevaux, selon leur habitude, piaffèrent en saluant de la tête jusqu'à ce qu'ils eussent tourné dans la rue.
Maupassant, l'Inutile Beauté, I.
26 Puis, sans nous arrêter au sanctuaire, nous tournons à main gauche, pour entrer dans un jardin ombreux (…)
Loti, Mme Chrysanthème, XI.
2 (XIIe). Abstrait. Changer. a Par métaphore. — ☑ Vieilli. Il tourne à tout vent, au moindre vent : il est versatile ( Inconstant, variable). — ☑ Mod. La chance a tourné. Chance (cit. 1 et 2; → aussi 1. Cas, cit. 7; sort, cit. 5).
b Fig. Évoluer. || Je me demande comment cela va tourner, comment les choses vont tourner.(Avec un adv.).Tourner bien, mal : prendre une voie favorable, défavorable; avoir une bonne, une mauvaise issue. Marcher; échouer, réussir. || L'affaire a mal tourné, c'est un échec. || Les choses (cit. 22) peuvent tourner mal. Gâter (se). → aussi Malin, cit. 9; plate-bande, cit. 2; quinquet, cit. 2. || Cela tournait mal (→ Casser, cit. 2).(En parlant de la conduite). Devenir objet de réprobation, de honte. || Tourner mal (2. Mal, cit. 21). || La peur de mal tourner (→ Préserver, cit. 3).
27 (…) en politique, il y a plusieurs manières différentes dont une chose qui est en train de se faire peut tourner. Quand la chose est faite, on ne voit plus que l'événement.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 4 févr. 1850.
28 Combien de gens accusent la pluie et le vent; combien disent : Si pourtant les choses avaient tourné autrement !
Alain, Propos, 5 janv. 1908, Les prières.
29 (…) et si la fille tourne mal, elle en aura tout le reproche. elle est assez grande pour fauter, elle peut bien aussi se défendre (…)
Bernanos, Sous le soleil de Satan, Prologue, II.
c Tourner à…, en… : changer d'aspect, de forme, d'état, se transformer pour aboutir à (tel résultat). Changer, transformer (se). || Grippe (cit. 9) qui tourne facilement à la pneumonie. Dégénérer. || Elle tournait à l'obésité (→ Empâter, cit. 5), à l'hypocondrie (→ Hanter, cit. 15). || Le ciel tourne au bleu de lac (→ Provençal, cit. 1). || Le temps tourne au froid. Devenir. — ☑ Par métaphore. La discussion tournait au vilain, tendait à s'envenimer (→ 2. Politique, cit. 19). || Drames qui tournent au tragique, à la comédie (→ Anesthésie, cit. 1). || Antipathie pouvant tourner à la haine (→ Cordial, cit. 6). || Réflexion qui tourne au radotage (→ Ressasser, cit. 2).Chose qui tourne à l'avantage, au profit, au désavantage (cit. 3) de qqn. || « Tous leurs efforts pour me nuire ont tourné à leur confusion » (Rousseau). || « Serait-ce la destinée des mots de tourner peu à peu au sens contraire de leur origine ? » Incliner, tendre (→ Discursif, cit. 3).
Tourner en… || Une amourette qui tourne en mariage d'inclination (cit. 16). || Hommes dont la pitié tourna en fureur (→ Ressentir, cit. 5).Tourner qqch. en bien, en mal. Métamorphoser (→ Blasphémer, cit. 6). — ☑ Loc. Faire tourner qqn en bourrique (cit. 2).
3 (Fin XIe). Absolt. S'altérer, se corrompre, et, notamment, devenir aigre et impropre à la consommation (en parlant de liquides, de préparations). || Laisser tourner le lait (→ Pester, cit. 3). || Ce vin a tourné.
4 Spécialt. || Tourner à l'aigre : devenir aigre. Aigrir (s'). — ☑ Tourner au vinaigre (fig. : devenir dangereux).Tourner à la graisse, à l'huile : prendre une apparence, une consistance huileuse (par l'effet d'un processus chimique [vin, cidre, bière], d'une mauvaise manipulation [sauces…]).
(1636). Agric. Mûrir en prenant de la couleur (fruits); pommer (choux).
tableau Verbes exprimant une idée de mouvement.
——————
se tourner v. pron.
ÉTYM. (Fin Xe, s'en torner « s'en retourner »).
1 a Aller, se déplacer, se mettre en sens inverse ou dans une certaine direction. || Elle se tourna tout d'une pièce (cit. 32) comme sur un tabouret de piano. Retourner (se). || Plante qui se tourne vers la lumière. Tropisme. || Se tourner vers qqn (→ Ensanglanter, cit. 2). || Il se tourna vers elle pour lui adresser la parole. || Il se tourna vers les spectateurs et dit, d'une voix forte… (→ Reproche, cit. 5). || Les éléphants se tournaient contre leurs troupes (→ Effaroucher, cit. 1).Tournez-vous de côté. || Se tourner du côté de quelqu'un pour le regarder (→ Fuite, cit. 5). || Se tourner d'un autre côté. Détourner (se), retourner (se). || De quelque côté que l'on se tourne Orienter (s'). → Horizon, cit. 1.
30 — C'est vers les auditeurs qu'on se tourne, quand on lit un discours, non vers l'auteur.
Giraudoux, Amphitryon 38, I, 2.
31 Tournez-vous un peu plus de profil, voulez-vous (…)
A. Maurois, les Discours du Dr O'Grady, XVI.
b Fig. Se diriger. || Ne plus savoir de quel côté se tourner (→ À quel saint se vouer). || Se tourner vers un métier, vers la couture (→ Giletier, cit.), vers une idée, une théorie (→ Entrevoir, cit. 10; et aussi disponibilité, cit. 2; faillir, cit. 7; 2. quant, cit. 1). || Se tourner en pensée vers le passé, vers sa jeunesse, vers l'avenir (→ Futur, cit. 13). || Se tourner vers Dieu. → Se convertir (1., vx) à Dieu. — Se tourner contre qqn : changer d'attitude en prenant parti contre lui.
c Changer de position. Retourner (se). || Se tourner et se retourner dans son lit (→ Endroit, cit. 8) au cours d'une insomnie. || Se tourner sur l'un et l'autre flanc (cit. 1).
32 La nuit venue et nous couchés, impossible de dormir. J'entends Yves dans son lit qui se tourne, se vire, comme il dit avec son accent breton.
Loti, Mon frère Yves, XLII.
2 Vx ou littér. Se changer (en), passer (d'un état à un autre). || Leur phlegme s'est tourné en bile (Guez de Balzac, in Littré). || Son mal se tourne en langueur.(Sens abstrait). || L'enthousiasme se tourna en pessimisme (cit. 2; → aussi Honteux, cit. 14).
——————
tourné, ée p. p. et adj.
———
I
1 (V. 1360, du sens I, 1; avec un adv.). Fait (de telle manière). || Surtout dans : bien, mal tourné. || Bien tourné. 1. Beau. || Jambe bien tournée (→ Encore, cit. 12). || Mollet parfaitement tourné. 2. Tour (fait au). → Exhibition, cit. 5. || Mal tourné. Laid.(XVIIe). Exprimé (par le langage). || Article mal tourné (→ Premier-Paris, cit.). || Épigramme bien tournée. || Vers bien, mal tournés.
33 (Elle) faisait resplendir sous les nappes de lumière ses épaules sans rivales à Paris, un cou tourné comme par un tourneur, sans un pli !
Balzac, la Cousine Bette, Pl., t. VI, p. 479.
34 Une petite brune, bien tournée, d'une vivacité surprenante, avec le teint clair malgré Saïgon. Le petit pied busqué et la jambe ronde des Provençales.
Aragon, les Beaux Quartiers, I, VI.
(1690). Avoir l'esprit mal tourné, disposé à prendre les choses en mauvaise part, et, particult, à les interpréter d'une manière défavorable, scabreuse.
2 (XVIIIe, Voltaire). Façonné au tour. || Objets en bois tourné.
———
II (V. 1268). Altéré, aigri, corrompu. || Vin tourné. || Lait tourné. || Sauce tournée. || Mayonnaise tournée. — ☑ Loc. Avoir les sangs tournés.
———
III (1611). Blason. || Croissant, chevron tourné, dont l'ouverture est à dextre.
DÉR. Tournage, tournailler, 2. tournant, tournante, 1., 2. et 3. tourne, tournée, tournement, tournerie, tournette, 1., 2., 3. et 4. tourneur, tournière, tourniller, tourniquer, tournis, tournisse, tournoyer, 2. tournure. V. aussi Tournelle, tourniole, tourniquet, 1. tournure.
COMP. Bistourner, chantourner, contourner, détourner, retourner (V. aussi Ristourne). — Tourne-à-gauche, tournebouler, tournebride, tournebroche, tourne-disque, tournedos, tournefeuille, tournefil, tournemain (en un), tourne-oreille, tourne-pierre, tournevent, tournevire, tournevis. V. Tournesol.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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